
Aucun enregistrement discographique disponible, seulement quelques images du décor de Jacques Dupont, et malgré une revue de presse abondante, peu de choses permettaient de se faire une idée sur la Chartreuse de Parme d’Henri Sauguet, un opéra très librement inspiré du roman de Stendhal. En effet depuis les sept représentations inaugurales (création le 20 mars 1939) interrompues par l’arrivée imminente de la guerre, l’oeuvre n’avait jamais été repris sur scène. C’est grâce à l’Opéra de Marseille qu’il nous enfin été donné la possibilité d’entendre pour la première fois cette oeuvre monumentale qui a demandé près de dix ans d’efforts au compositeur et à son libretiste Armand Lunel, l’auteur du livret. Dix ans pendant lesquels Charles et Marie-Laure de Noailles auront fréquemment apporté une aide financière au compositeur, mais également en lui passant commande de la cantate “La Voyante”, crée en 1932 à Hyères dans le cadre d’un “festival” de la société musicale La Sérénade. Enfin à partir de 1934, le couple de mécène lui paie une rente lui permettant de vivre tranquillement et louer une maison en Aquitaine pour travailler à l’achèvement de son travail. Grâce à cette “résidence d’artiste, comme on la nommerait aujourd’hui, Sauguet peut présenter en 1937 trois actes quasi- achevés à Jacques Rouché, le directeur de l’Opéra de Paris. Ce dernier lui passe alors une commande officielle.
La production de l’opéra de Marseille est d’autant plus méritante qu’elle doit faire face à une partition de près de trois heures et une distribution nombreuse. Le talon d’Achille de l’édifice réside dans son livret est probablement l’aspect le plus daté de l’opéra, avec ses phrases longues et difficiles. Un français déjà peu musical par nature qui oblige parfois les chanteurs à des acrobaties disgracieuses. Fort heureusement, Sauguet reprend facilement le dessus et laisse son talent mélodique nous émouvoir à bien des reprises, notamment grâce aux principaux rôles féminins (Clélia, Gina, Théodolinde). Mais surtout on félicitera chaleureusement la direction d’orchestre de Lawrence Forster d’avoir fait entrer un chaud soleil cuivré dans l’instrumentation à la fois rigoureuse et inventive de Sauguet. Chaque interlude devient un magnifique concert passionné qui prouve l’originalité et la force de cette oeuvre. Si Fabio (interprété avec passion par Sébastien Guèze) doit rejoindre le silence de la Chartreuse de Parme, la musique de Sauguet mérite largement de monter le volume. Une renaissance réussie.
Stéphane Boudin-Lestienne,
historien,
co-curator expositon Charles et Marie-Laure de Noailles, une vie de mécènes

La chartreuse de Parme, Opéra de Marseille

La chartreuse de Parme, Opéra de Marseille

La chartreuse de Parme, Opéra de Marseille