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Max Lamb

piscine et squash, villa Noailles, Hyères

 

Lorsque l’exposition « Exercices in Seating » a ouvert ses portes à l’occasion du Salone de Milan en 2015, elle consistait en une simple présentation chronologique des nombreux sièges créés par Max Lamb en neuf ans de carrière.
 
Une version de cette exposition, disposée sur une nouvelle série de tapis et accompagnée d’un extrait de ses nouveaux  travaux, sera présentée à la villa Noailles. Il offre au visiteur ce que l’on pourrait voir comme un produit dérivé de ce catalogage chronologique. En effet Max s’est senti obligé d’explorer ce qui définit son travail, ce qui — malgré les changements de matériaux, de techniques et d’élan — unifie l’apparemment disparate. Ce que l’on retrouve toujours dans le design de Max Lamb n’est pas le processus, mais la prise de décision, si évidente sur ses objets. Du début — par où commencer un design ? – à la fin – quand s’arrêter ? – et à chaque étape entre les deux, Max dévoile un dialogue intérieur, dans une intimité qui rend son œuvre infiniment percutante. Comme il le souligne, chaque designer possède son propre sens du jugement qui détermine le résultat de son travail, il n’est pas le seul. Cependant, pour Max, ce dialogue (notons-le, est avec lui-même et non avec le public) est particulièrement palpable, extrêmement viscéral. « Je suis le plus honnête de tous. », remarque-t-il de façon ironique. C’est la vérité, bien-sûr, et aussi la raison pour laquelle l’œuvre de Max continue à stimuler et à fasciner. Et c’est pourquoi, malgré les meilleures tentatives de certains, il est inimitable.
 
Max a profité de cette exposition pour s’embarquer dans une nouvelle collection, produisant une série d’objets étonnamment moelleux : les tapis « Space-Dyed ». C’est un exercice d’économie, un commentaire sur la disposition du mobilier : « Je déteste l’idée d’un meuble sur un socle. Je ne considère pas le travail comme de l’art, et je préférerais que l’on voie mon travail comme un piédestal, donc l’idée de le poser sur quelque chose d’autre n’a pas de sens. Ici, le tapis fait office de socle. ». C’est aussi un prétexte pour démarrer un nouveau projet dans un nouveau domaine de création. Comme à son habitude, il s’est lancé de façon minutieuse et immersive dans son exploration. Le résultat est une série d’objets qui démontre de façon évidente et exhaustive les capacités du matériau et des machines que Max a choisis. Il a produit son propre fil de laine, a adapté la technique du space dyeing (technique de coloration de la laine pour obtenir un effet multicolore) dans le but de créer un matériau au motif inhérent  et  imprévisible, et  a adopté le système semi-industriel du touffetage robotisé (robotufting).
 
Construire des macrocosmes personnels autour d’un matériau ou d’un processus précis (ici les tapis touffetés) ; identifier de façon réfléchie des systèmes restrictifs de manufacture à portée de main et en maximiser l’efficacité et les résultats ; saisir le prédisposé et épuiser le potentiel sont caractéristiques de l’œuvre de Max. Il construit des châteaux de sable pour les démolir. Comme il le dit lui-même : « Les débuts et les fins sont tout ce qui importe. » L’éducation nomade d’un enfant d’une famille des forces armées britanniques est selon lui la source de sa nature perpétuelle, faisant de lui quelqu’un qui « ne s’engage envers aucun élément en particulier, mais plutôt envers une seule façon d’être. »

 

Laura Houseley 

extrait du catalogue Design Parade Hyères