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Samy Rio

Grand Prix Design Parade 10

Galerie nouvelle, villa Noailles, Hyères

 

La villa Noailles lance une nouvelle collection de cahiers sur le travail des lauréats du festival Design Parade. Samy Rio inaugure ce cycle avec un ouvrage à paraître en juillet 2016, qui fut l’occasion d’une collaboration avec le photographe Grégoire Alexandre. Les photographies seront également exposées à la villa Noailles tout l’été.

 

Mécaniques d’assemblage

En apparence les choses sont simples.

Samy Rio remporte le grand prix Design Parade en 2015 avec des morceaux de bambou. ce sont des morceaux bien façonnés, puisqu’ils pourraient se substituer aux métaux et aux plastiques employés dans l’industrialisation d’objets quotidiens. Alors pour se livrer aux figures imposées — mais libres — de conception d’un vase, d’un miroir et d’une boîte, les choses se compliquent… Il est difficile de concevoir sans autre finalité que l’esthétique, il faut une raison aux choses.

Associer le verre et la céramique, et par là même le cirva et la manufacture de Sèvres — les matières et les savoir-faire — voici une raison. Former entre ces deux entités une communauté d’intérêt, de sentiment et de travail. À l’échelle de l’objet, l’association se traduit en une recherche d’assemblage sophistiqué entre les matériaux et les formes. Les éléments constitutifs du vase sont simples et évidents. Ils nécessitent néanmoins une extrême précision de réalisation pour pouvoir s’accoter — environ une année de travail. Lorsque l’on regarde soigneusement chaque pièce, on saisit la beauté qui se dégage de la composition : la régularité d’un objet industriel qui serait entièrement réalisé à la main. C’est un hommage au savoir-faire des deux institutions sous la forme d’un casse-tête tribal, verrouillé par deux clefs en bois. Car il y a des empreintes culturelles à cette esthétique totémique. Pourtant ce résultat provient plus de l’élaboration exigeante d’un assemblage mécanique que d’une volonté de figuration exotique.

Le miroir, réalisé pour la Galerie kreo, contient aussi cette tension. L’assemblage, primitif au premier abord, d’un miroir aposté dans un tronc de bois et ligaturé par des cordes, fait appel à des procédés de fabrication poussés. Un masque en reflet.

Le bois toujours, est convoqué pour constituer le cœur des boîtes en céramique ; le socle et la clé de leurs multiples combinaisons.

Ces objets doivent être observés attentivement. Il faut parcourir leurs formes élémentaires pour comprendre les modifications successives qu’elles ont subies afin de pouvoir se fréquenter. La genèse des formes est lisible dans ces créations, elles sont évoluées. Mais rien n’est arrêté, l’équilibre est subtil. La rondeur des bases souligne un contact ponctuel entre le monde et l’objet.

Ces objets interrogent les liaisons ; ce qui fait que les choses s’approchent et se tiennent. Là est aussi leur beauté.

Les choses sont simples… en apparence.

 

Gaëlle Gabillet et Stéphane Villard

 

Extrait du catalogue Design Parade Hyères