BACK

Verre de Biot

Savoir-Faire local

Verrière, villa Noailles, Hyères

 

en collaboration avec la Verrerie de Biot

 

Depuis 2011 la villa Noailles écrit chaque été, dans le cadre de Design Parade, un nouveau chapitre de sa cartographie des savoir-faire locaux. En 2016, c’est le verre de Biot, si emblématique du joyeux vent de liberté qui soufflait sur la Côte d’Azur dans les années 1960 et 1970, qui est à l’honneur et s’expose en morceaux choisis dans une scénographie signée Anne-Charlotte Piot et Maureen Barbette. Parfait exemple de ce que les Anglo-saxons nomment « smart design » en jouant sur la double signification du terme smart (à la fois malin et élégant), la Verrerie de Biot a fait d’un défaut de fabrication volontairement recréé — les bulles — un gage de qualité et une signature : le verre bullé. Établie en 1956 par Éloi Monod, ingénieur céramiste formé à la Manufacture de Sèvres, l’entreprise a su labelliser et surtout maîtriser une technique existante. Le principe ? Simple comme l’œuf de Colomb : saupoudrer de carbonate de soude une pièce de verre soufflé, puis emprisonner ce nuage prêt à pétiller sous un second « feuillage » de verre en fusion pour que le gaz pris en sandwich se libère sous forme de bulles, sous l’effet de la chaleur. Un processus d’apparition flirtant avec la magie, qui pourrait presque évoquer dans un registre totalement différent le Polaroïd, ce meilleur allié des festivités des années pop lui aussi. La commande photographique que la villa Noailles a confiée à Cécile Bortoletti permet de découvrir la chorégraphie à la fois lente et rapide des artisans verriers, comme les portraits des actuels propriétaires — la famille Lechaczynski, qui ont repris les rennes de l’entreprise depuis 1973. Les natures mortes accrochées sous la verrière de la villa rendent de leur côté hommage à la sensualité des formes et des teintes iconiques, ces dernières allant du rose nude au jaune ambré, en passant par les bleus azurés et les verts évoquant l’or liquide des huiles d’olive. Au fil des ans et des visites des happy few en villégiature se sont ajoutées quelques nuances, comme ce bleu de Perse qui avait été créé spécialement pour une commande de Jackie Onassis. Tournée depuis l’origine vers le partage des savoir-faire — les verriers opèrent en public dans la halle —, cette entreprise familiale ne pouvait donc qu’ouvrir ses portes et celles de ses fours à Els Woldhek et Georgi Manassiev (studio Odd Matter). Les deux designers qui avaient remporté le prix spécial pour le liège du Var, l’an dernier avec leurs flotteurs xxl en composite liège et Jasmonite, ont ainsi pu prolonger leur travail expérimental sur les hybridations de matériaux, en intégrant des granulés habituellement destinés à l’isolation dans le verre chaud, ou en allant jusqu’à souffler certaines pièces directement dans un morceau d’écorce de liège. Si le verre de Biot naît de la fusion, les créations de la nouvelle génération de designers aussi.

Anne-France Berthelon

 

Extrait du catalogue Design Parade Hyères