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Olivier Amsellem

Olivier Amsellem, Commande Photographique

Grilles de l’église Saint Louis, 3 Rue Louis Jourdan, Toulon

 

Toulon est vide, parcouru de quelques passants, mais à peine. Aussi vide qu’un tableau de Chirico — des formes géométriques, des piscines où le turquoise du bassin n’est parsemé que de baigneurs minuscules, des lagons de faïence fermés au public, un peuple d’ombres et d’absences. C’est un Toulon minéral — un prolongement du Faron jusqu’au bord de la rade. Qu’est-ce qu’un photographe d’architecture ? C’est un oeil qui exhibe cette trame dans laquelle on se meut sans la fixer, un paysage qui s’ourdit dans notre dos, une intrigue dont on n’est qu’un personnage aveugle, que le regard ne voit plus. L’oeil d’Olivier Amsellem est avisé, sec, implacable, en même temps que subtilement composé, tant dans ses perspectives, que surtout dans l’écho imaginaire auquel il en appelle (on ne peut pas ne pas penser, en voyant ces baigneurs abandonnés, ces passants rayés d’azur, à Martin Parr, moins la cruauté, moins la froideur). L’oeil du photographe, donc, découpe, isole, pointe du doigt et met en cadre. Il rend lumineux l’arrière-plan de nos vies, le décor d’une ville. C’est le propre de tous ceux qui, d’un coup, s’avisent d’une rambarde signifiante, d’un immeuble lunaire, une rangée d’arcades dont les ombres font des équerres. En cela le geste n’est pas singulier, s’il est radical. Mais, ce qui fait sa force ici, c’est qu’il s’applique à Toulon. Toulon ? Un arsenal, des marchés, un port, un goulot de klaxons entre la mer et le gris des collines. Telle est sa légende. Mais en dépouillant la ville de ses scories, Amsellem rend neuves les pupilles, et décillés les iris. On voit Toulon comme on ne l’a jamais vue, comme on ne sait plus la voir : paisible, baigné d’un jour tout blond et parfois gris, avec cette lumière exténuée, bétonnée, militaire qui devient ici poétique, douce, fragile. Une sorte de village, un port doucereux, un mélange sophistiqué de vague à l’âme et de rudesse.

BAPTISTE ROSSI