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Debeaulieu

Nature morte

Photo: Cécile Bortoletti.

Photo: Cécile Bortoletti.

Debeaulieu à la villa Noailles. Photo : Lothaire Hucki © villa Noailles, 2016

Debeaulieu à la villa Noailles. Photo : Lothaire Hucki © villa Noailles, 2016

Debeaulieu à la villa Noailles. Photo : Lothaire Hucki © villa Noailles, 2016

Debeaulieu à la villa Noailles. Photo : Lothaire Hucki © villa Noailles, 2016

Debeaulieu à la villa Noailles. Photo : Lothaire Hucki © villa Noailles, 2016

Debeaulieu à la villa Noailles. Photo : Lothaire Hucki © villa Noailles, 2016

ALPHONSE

 

Olivier Zahm
As-tu l’impression que tu es seul à renouveler l’art floral ? Ou ce métier si traditionnel évolue-t-il ? Est-ce un art ou une tradition très française, ou bien est-ce que les autres pays développent des approches différentes qui t’intéressent (Ikebana par exemple, mais aussi dans d’autres cultures) ? 

Pierre Banchereau
Lorsque j’ai choisi de faire ce métier, j’ai eu envie de lui apporter quelque chose qui manquait à Paris. En effet j’avais le sentiment de voir souvent la même chose, trop classique ou bien encore trop « créatif » jusqu’à n’en plus voir la fleur elle-même. Je n’ai pas la prétention d’inventer quelque chose, je veux renouveler un style à la fois classique, par ses formes et ses générosités, et nouveau en y intégrant des fleurs étranges ou oubliées. J’apporte beaucoup d’importance au design d’intérieur, à vouloir comprendre et sentir une ambiance afin de proposer le bouquet ou la plante qui serait pertinent pour cet espace.

Z. — Qu’est-ce qu’un bouquet réussi pour toi ?

B. — C’est avoir trouvé un équilibre dans ma sélection florale, des couleurs, des textures, c’est créer une émotion au fur et à mesure que le bouquet prend forme. Je commence par sélectionner mes fleurs puis au gré de sa réalisation, d’autres éléments peuvent s’y greffer et ainsi finaliser le bouquet. Il y a une part de non-maîtrise, de spontanéité qui est importante et que je tiens à conserver. C’est très important pour moi que l’émotion emporte également son destinataire.

Z. — Est-ce qu’il y a des fleurs ou des plantes que tu as éliminées de ton vocabulaire floral ? Inversement, as-tu des fleurs de prédilection ?

B. — Bien entendu, il y a des fleurs que j’apprécie plus que d’autres. Je mets de côté certaines fleurs, peut-être celles vues ou revues ces dernières années. J’essaie de proposer de nouvelles associations de végétaux ou de couleurs, faire redécouvrir certaines variétés, apporter un œil différent sur elles.

Z. — Il semble que tu aimes bien réhabiliter certaines fleurs à la mauvaise réputation. Peux-tu nous donner des exemples ?

B. — En effet j’affectionne des fleurs parfois désuètes ou mal connues, les œillets, les chrysanthèmes ou encore des fleurs que certains jugent « datées » comme les anthuriums, le gypsophile qui comme le lys moucheté ou l’herbe de la pampa devraient faire leur retour prochainement.

Z. — Les voyages sont ils une inspiration pour tes bouquets ?

B. — Lorsque je voyage, j’observe les végétaux, les couleurs, l’environnement et je m’inspire beaucoup aussi des différents artisanats. Une de mes règles, ne jamais refaire deux fois le même bouquet, et j’ai bien l’intention de m’y cantonner.

Z. — Ta clientèle est-elle principalement issue du monde de la mode ?

B. — La fleur et la mode sont proches. Travailler pour un créateur est une réelle collaboration ; on s’inspire des collections, des matières. Nous intervenons également dans d’autres secteurs : restaurants, hôtels, réceptions privées. Par ailleurs, il est important pour moi d’avoir une activité de quartier en boutique. Nous sommes installés dans le neuvième arrondissement depuis novembre 2013, au cœur d’un quartier riche de cultures, de personnalités, à la fois intellectuel du IX et coquin de Pigalle.

Z. — Est-ce qu’il y a des bouquets célèbres qu’on devrait connaître — dans le cinéma, dans la peinture, dans l’histoire et que tu voudrais nous faire connaître ?

B. — J’aime autant les peintres classiques flamands du XVIIe comme Jan Van Huysum que les photos de fleurs d’Hans Peter Feldmann, le décor opulent de la villa Boscogrande du Guépard de Visconti, ou bien encore le travail de Gerhard Richter.

interview par Olivier Zahm
bouquets composés par
 Pierre Banchereau pour Purple.