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Georges Hugnet

Au dépens des mots

Depuis son ouverture, en 2010, l’exposition permanente Charles et Marie-Laure de Noailles, une vie de mécènes consacre ses accrochages à éclairer la vie et l’oeuvre du couple. Du milieu des années 1920, jusqu’à la fin des années 1960, ils aident artistes et intellectuels, agissant pour promouvoir toutes les formes d’art moderne et d’avant garde : cinéma, littérature, musique, architecture et même la science ethnographique. Au travers de thématiques particulières ou en focalisant sur tel ou tel personnalité proche des Noailles, une programmation temporaire définit toujours plus précisément les contours de leur action. Souvent cité, Georges Hugnet est à l’honneur dans le salon rose du 10 février au 5 juin.

Définir Georges Hugnet (1906-1974) comme un inclassable compagnon de route des aventures intellectuelles et artistiques du XXe siècle, un témoin essentiel et un ami fidèle de Marie-Laure de Noailles, constitue un préalable nécessaire mais insuffisant. Poète avec des ciseaux, anthologiste, scénariste, éditeur sur une montagne, dessinateur sur nappes, libraire, collagiste impénitent, peintre sur cailloux, résistant, inventeur d’objet, relieur sur écorce ou premier historien du mouvement dada, la vie de ce touche-à-tout de génie est pleine d’éclats. De ces éclats, l’histoire du cinéma a retenu celui de La Perle, bijoux de film surréaliste tourné en 1929. Celui-ci passe pour son fait d’arme le plus fameux, car, contrairement à ses amis Picasso, Miro, Gertrude Stein, Eluard, Max Jacob, Giacometti ou Cocteau, sa modestie et sa fidélité à ses idéaux lui valent de rester dans l’ombre. La difficulté de rendre compte d’une œuvre à ce point hors catégorie a encore accentué cet oubli. Hugnet écrivait sur ses ex-libris : « Mieux vaut plus tôt ». Il n’est donc pas trop tard pour lire, découvrir, la vie et l’oeuvre de celui qui se disait avant tout poète.