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Sjoerd Knibbeler

#12, current study, 2015

Patrouille, 2015.

Patrouille, 2015.

In every direction

Il intitule sobrement ses œuvres « Current Studies » qu’il agrémente chacune d’un dièse plus numéro. Il s’agit donc d’études.

Leurs objets ? Faire image de ce qui habituellement échappe à la photographie, retenir l’impermanence et l’invisible : le mouvement de l’air. L’image résulte donc d’expériences conduites entre les quatre murs du studio de Sjoerd Knibbeler. Rien n’est complexe dans les matériaux et instruments utilisés : PVC, papier, verre et bois sont associés à des ventilateurs, aspirateurs et autres machines familières génératrices de flux d’air. Un dispositif est mis en place consciencieusement en sorte que le phénomène attendu advienne et, surtout, que ce que le photographe n’avait pas envisagé survienne ; l’épreuve de l’expérience le révélera et, en dernier ressort, la photographie. Par exemple : dans la récente Current Study #12, trois fils de laine sont attachés à un ventilateur. La vitesse de rotation des pales les entraîne dans une course folle, tandis que la propulsion d’air les pousse vers l’extérieur. Cette danse fluide et gracieuse de fils esquissant une fuite rythmée, cette forme hélicoïdale, il n’y a que la photographie pour la mettre au jour. Ainsi Sjoerd Knibbeler dispose, rigoureusement, puis se laisse prendre par la main.

La danse de l’air dans ces fils-là, dans les volutes de fumée, ailleurs et ici, dans ces doigts soudain animés d’une grâce inattendue, comme mus par la caresse de l’air glissent entre eux et sur la peau. L’image se fait désormais mouvement, les doigts se déploient, les poignets se délient et les têtes, yeux clos, esquissent lentement des ronds dans l’espace. Sjoerd Knibbeler se saisit d’un médium qui lui est familier, la vidéo, et balaie de ses différents angles cette chorégraphie inattendue qui se découvre.
Les pilotes de la Patrouille de France, en formation dans ce grand hangar du sud de la France à Salon-de-Provence, sont assis sur de simples tabourets, revêtus de leur combinaison bleu ciel, répètent leur routine de vol. Au cœur de cette œuvre, c’est un autre phénomène impermanent et invisible que Sjoerd Knibbeler entreprend de traduire en image : le désir, celui d’être dans les airs, pour voler enfin. Sans jamais donner à voir l’instrument, l’avion, qui permettra à ces hommes d’assouvir leur désir, l’artiste suggère dans cette Forming Synchrony saisissante par sa charge poétique, le pouvoir de projection à l’œuvre dans cette danse des corps et des esprits.

Forming Synchrony a été produit à l’occasion de l’exposition personnelle de Sjoerd Knibbeler, au trente et unième Festival International de Mode et de Photographie.

Sjoerd Knibbeler est lauréat du Grand Prix du jury Photographie du festival en 2015. Diplômé de l’Académie royale des arts de La Haye, il a récemment été exposé à FOAM (Amsterdam), Espace Quai 1 (Vevey), Nederlands Fotomuseum (Rotterdam) et à Paris Photo dans le cadre de la sélection de livres photographiques réalisée par Aperture pour son livre Planes aux éditions Fw : (2015) couronné d’un succès critique.