• la villa vue depuis le jardin nord, villa Noailles © Cyrille Weiner, 2009
  • la villa vue depuis le parvis, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
    jardin Gabriel Guévrékian, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
  • hall de la partie initiale, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
    le parvis vu depuis le salon de lecture, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
  • le salon rose, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
    hall de la partie initiale, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
  • le parvis vu depuis le salon de lecture, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
  • terrasse de la piscine, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
    chambre de plein air, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
  • vue de la terrasse de la chambre d'ami, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
    terrasse de la chambre d'ami, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
  • terrasse de la chambre d'ami, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
    le salon rose, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
  • le parvis, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
    la villa vue depuis le parvis, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
  • jardin Gabriel Guévrékian, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
    le parvis vu depuis les terrasses, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
  • le parvis vu depuis les terrasses, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
    vue de la terrasse de la chambre d'ami, villa Noailles © Olivier Amsellem, 2008
hyères 27
Une chronique de la modernité horaires

UN PAQUEBOT IMMOBILE

La villa Noailles figure parmi les toutes premières constructions de style moderne réalisées en France. Dessinée en décembre 1923 et habitée à partir de janvier 1925, la villa initiale construite pour Charles et Marie-Laure de Noailles par l’architecte Rob. Mallet-Stevens met en application les préceptes fondateurs du mouvement rationaliste : fonctionnalité, épuration des éléments décoratifs, toits, terrasses, lumière, hygiène... Les extensions qui vont se succéder jusqu’en 1933 ainsi que la remarquable mise en valeur du site (parvis, jardins) vont faire de la modeste maison de villégiature un véritable paquebot immobile de 1800m2 : quinze chambres de maître, toutes équipées de salles de bains, une piscine, un squash, un salon de coiffure, un professeur de gymnastique à demeure, etc. Les horloges reliées à un système central, les baies qui s’escamottent ou les fenêtres à miroir participent à la modernité du lieu. Maison héliotrope, dominant la baie d’Hyères, la villa Noailles célèbre un nouvel art de vivre où le corps et la nature sont privilégiés. La décoration fait appel à une impressionante liste de personnalités : Louis Barillet pour les vitraux, Pierre Chareau, Eileen Gray, Djo-Bourgeois et Francis Jourdain pour le mobilier, Gabriel Guévrékian pour le jardin cubiste, Piet Mondrian, Henri Laurens, Jacques Lipchitz, Constantin Brancusi ou Alberto Giacometti pour les œuvres d’art.


LES MÉCÈNES DE L'ART MODERNE

Issus de familles prestigieuses, Charles et Marie-Laure de Noailles se marient en 1923. Collectionneurs et amateurs de modernité, ils deviennent à la suite de la commande de leur villa hyéroise des mécènes avisés, aimant le risque et la nouveauté. On leur doit des découvertes ou des impulsions fondamentales dans le travail d’artistes qu’ils ont soutenu : que ce soit la peinture (Salvador Dali), la sculpture (Jacques Lipchitz, Alberto Giacometti), la musique (Francis Poulenc, Igor Markevitch), la décoration (Pierre Chareau, Jean-Michel Frank). Ils s’enthousiasment pour le cinéma et financent trois chef-d’œuvres : en 1929, le film surréaliste de Man Ray, Les Mystères du Château du Dé tourné dans la villa - et en 1930, le premier film de Jean Cocteau Le Sang d’un Poète et le deuxième de Luis Buñuel et Salvador Dali, L’Âge d’Or. Ce dernier opus provoque un scandale terrible et sera censuré pendant cinquante ans. Passionnés de fleurs, président de la Société Horticole de France, auteur d’un livre fondamental sur la flore méditerranéenne, Charles de Noailles consacre la fin de sa vie à élaborer et entretenir ses jardins d’Hyères, Grasse et Fontainebleau. Marie-Laure, d’abord timide devient, après le scandale de L’Âge d’Or, un personnage excentrique et mondain, dont l’intelligence et la causticité font fureur dans les cercles artistiques. Sous le nom de Marie Laure, elle se fait peintre et poète. Elle laissera un souvenir attachant à beaucoup de hyèrois.


L'ARCHITECTE
Robert Mallet Stevens (dit “Rob.” 1886-1945) est diplomé de l’Ecole Spéciale d’Architecture, célèbre établissement réputé pour son enseignement rationaliste. Il est très tôt influencé par le groupe autrichien de décorateurs et d’architectes du Wiener Werkstate qui allie sensibilité artistique et rigueur de conception. Son activitité de décorateur, son talent de théoricien et ses projets, lui valent d’être remarqué dans le Paris intellectuel des années 1910. Après la Première Guerre Mondiale, ses décors pour le cinéma assoient sa réputation. Après la villa Noailles, et sa participation à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs de 1925, il reçoit de nombreuses commandes (maison de Paul Poiret à Mézy, casino de St Jean de Luz). En 1927, il inaugure dans le 16e arrondissement de Paris une rue qui porte son nom et dont il a dessiné tous les bâtiments. Parallèlement, ses meubles et décorations (Magasins Bally) se distinguent par leur élégance et leur modernité. Découvreur de talents, aimant collaborer avec les artistes et curieux des mouvements étrangers, il devient naturellement fondateur, en 1929, de l’Union des Artistes Modernes. Ce groupe propose une approche transversale des problématiques de la construction et de la décoration. En 1932, un industriel du Nord, Paul Cavrois, lui offre l’occasion de construire grande demeure à Croix. Mallet-Stevens réalise tous les aménagements de ce chef-d’oeuvre d’architecture domestique, pourvu de tous les équipements les plus modernes. Aujourd’hui en ruines, la villa Cavrois, vient d’être rachetée par l’Etat. Après une remarquable caserne de pompiers à Paris (1935), Mallet-Stevens dessine plusieurs pavillons importants pour l’exposition internationale de Paris de 1937. Il part aux Etats-Unis en 1939, où il meurt, des suites d’une opération, en 1945. Souvent mal compris, il tombera peu à peu dans l’oubli. Redécouvert à la fin des années 1970, il est considéré comme un des architectes les plus importants de l’Entre-Deux-Guerres.


RESTAURATION
La villa Noailles souffre très rapidement du caractère expérimental de sa construction, l’étanchéité des toits terrasses notamment. Aussi dès les années 1950, la villa, devenue résidence d’été de Marie-Laure de Noailles perd peu à peu son aspect initial. A son décés en 1970, le mobilier et les oeuvres d’art sont réparties entre ses héritiers. Charles de Noailles propose à la ville d’Hyères de racheter l’intégralité du domaine. La municipalité Bénard reconnait l’intérêt patrimonial de la construction. Elle en fait l’acquisition en 1973 et ouvre le parc au public. La villa Noailles, ballottée de projet en projet, souffre d’un semi abandon malgré son inscription à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 1975. A partir de 1986, sous l’impulsion de la municipalité Ritondale et des actions patrimoniales du ministère Jack Lang, un projet de restauration se met en place. Les travaux commencent dans la partie primitive en 1989, où, dès 1990, des expositions sont présentées : Noailles et les Modernes, Alix Grès, Les Ballets Russes, Karl Lagerfeld... En 1996, l’Association du Festival International des Arts de la Mode d’Hyères est missionée pour prendre en charge la programmation du lieu et devient l’Association Villa Noailles - FIAMH. Elle propose de renouer avec la tradition du couple Noailles de découverte et de soutien de jeunes artistes. Elle participe à leurs projets, les aide à produire leurs œuvres, les met en contact les uns avec les autres, etc. Une part de cette programmation culturelle, qui suit un cycle annuel, est consacrée à l’histoire de l’art du XXe siècle. Une deuxième tranche de restauration et d’aménagement des parties sportives (piscine, gymnase, squash) entreprise en 1997 se termine à l’été 2003. Depuis 2007 quatre chambres sont aménagées pour permettre l’accueil d’artistes en résidence, commandées aux designers François Azambourg, Florence Doléac, David Dubois et les Bless. L’ensemble de l’opération réunit les quatre partenaires concernés par son rayonnement culturel : l’Etat, la Région, le Département et la Ville, et depuis 2003, la Communauté d’agglomération de Toulon Provence Méditerranée. C’est sous la responsabilité administrative de cette dernière qu’est désormais placée la villa Noailles, rejoignant ainsi les grands équipements culturels de l’aire toulonnaise : Châteauvallon, l’Opéra de Toulon ou la Villa Tamaris...


BIBLIOGRAPHIE
Art et Décoration
revue d’art moderne mensuelle, éditions Albert Lévy, juillet 1928
Rob Mallet Stevens architecte
D. Deshoulières, H. Jeanneau, M.Culot, B. Buyssens, Belgique, archives d’architecture moderne éditions, 1980
La Villa Noailles
C. Briolle, A. Fuzibet, G. Monnier
Marseille, éditions Parenthèses, 1990
Noailles et les Modernes
François Carrassan, Olivier Rometti, Richard et Guy Barsotti éditions L’Or des Iles, 1990
La Villa Noailles
photographies de Karl Lagerfeld, éditions Steidl, 1995
La Villa Noailles, une aventure moderne
ouvrage collectif, éditions Flammarion, 2001
L’étrange destin de la Villa Noailles
François Carrassan, éditions L’Yeuse, 2003

FILMOGRAPHIE


Biceps et Bijoux, Jacques Manuel, 1927
Les Mystères du Château du Dé, Man Ray, 1929
L’Âge d’Or, Luis Buñuel & Salvador Dali, 1930
Le Sang d’un Poète, Jean Cocteau, 1930
Charles et Marie-Laure de Noailles, Patrick Mimouni, 1990
Robert Mallet-Stevens, Séraphin Ducellier, 2003