• Man Ray, Lampshade (abat-jour) 1919-1964, aluminium peint, édition MAT. Collection CNAP. Lothaire Hucki et Marie-Ange Guilleminot, villa Noailles, Hyères. Mars 2014
  • Man Ray, Lampshade (abat-jour) 1919-1964, aluminium peint, édition MAT. Collection CNAP. Lothaire Hucki et Marie-Ange Guilleminot, villa Noailles, Hyères. Mars 2014
  • Marie-Ange Guilleminot,...du meuble spirale au meuble infini..., bambou, aimants, cuir, 2012, collection privée. Sculpture meuble à l’échelle du corps, réalisé par Till Breitfuss, 2012. Sonia Delaunay, tissu simultané sur soie réalisé pour l’aménagement de la villa Noailles, 1925, collection privée en dépôt à la villa Noailles. Lothaire Hucki et Marie-Ange Guilleminot, villa Noailles, Hyères. Mars 2014
  • Marie-Ange Guilleminot, Objet-étalon, quatorze éléments en laiton, 2012. Lothaire Hucki et Marie-Ange Guilleminot, villa Noailles, Hyères. Mars 2014
expositions 2014
MAN RAY, SONIA DELAUNAY, MARIE-ANGE GUILLEMINOT
Les fantômes de nos actions passées

Sur le point de me retirer, d’un ton très fatigué et très vieux, je priais : « Monsieur Gide, où en sommes-nous avec le temps ? » Apprenant qu’il était six heures moins un quart, je me levais, serrais affectueusement la main de l’artiste, et partais". 
Arthur Cravan, "André Gide" in Maintenant, 2nde livraison, 1913


Après Guy Bourdin ou Fabric interseason, la villa initiale présente cette année Les fantômes de nos actions passées qui rapproche les portraits de Man Ray, les tissus de Sonia Delaunay et le travail d'une artiste contemporaine, Marie-Ange Guilleminot. Pensée moins comme comme une démonstration que comme une déconstruction cette exposition se veut un carrefour, un regard oblique où se croise silhouettes, noms, dessins, lieux et fantômes.

Si pour certains le temps est une inexorable ligne droite, d'autres considèrent qu'il doit être décrit sous formes de cercles ou de spirale, une surface qui se relit constamment sur elle-même. Quelques fois de rebonds en échos, d'impressions de déjà vu en des figures des situations semblent se répéter. C'est la question que pose Man Ray dans le film qu'il tourne à la villa Noailles en 1929 : "Existe-t-il des fantômes d'action ?… Des fantômes de nos actions passées ? Les minutes vécues ne laissent-elles pas des traces concrètes dans l'air et sur la terre? "

Américain, débarqué à Paris, en 1922, Emmanuel Radnitsky dit Man Ray (1890 – 1976), peintre et accessoirement photographe, va voir défiler devant son objectif tout ce que Paris compte d'artistes et d'écrivains d'avant-garde dont Charles et Marie-Laure de Noailles. Ses portraits du tout-Paris ne témoignent pas seulement de l'intense activité qui s'y déroule mais d'un état d'esprit celui qui entre fêtes et avant-garde artistique, littérature et mode, animent Jean Cocteau, Georges Hugnet, Marie Laurencin, Tristan Tzara, Marcel Duchamp, Bronia Clair, Robert Desnos, ou encore Francis Picabia. Il faut encore y ajouter les nombreux portraits de Charles et Marie-Laure de Noailles, corps et biens impliqués dans leur temps, qui illustreront non seulement les magazines mais aussi la création de mode de l'époque. 

Sonia Delaunay (Sarah Stern 1885-1979), artiste d'origine russe installée à Paris dans les années 1900, rêvait de trouver d'autres supports à sa peinture. Les tissus qu'elle réalise au début des années 1920, conçus indifféremment pour l'habillement ou l'ameublement n'ont rien d'anecdotique, comme en témoigne un rideau réalisé pour la villa Noailles en 1925. Delaunay mêle peinture et poésie - ses robes-poèmes ouvrent une voie différente qui transcende les frontières de l'art et de l'objet.

L'artiste Marie-Ange Guilleminot se met en scène avec des robes de sa création. En collaboration avec Jean-Luc Moulène, ces images constituent un dérivatif à l'exercice de la "série mode" qui structure les magazines. Or ces robes s'inspirent toutes du carnet d'échantillon de couleurs de Sonia Delaunay au musée des Arts Décoratifs et proposent une énigme, une parabole intime. A la villa Noailles, l'artiste est invitée à se servir des objets qui y sont conservés, à les sortir de leur vitrine : des livres, un chemisier Lanvin appartenant à la vicomtesse, des tissus ayant servis à meubler la maison. Il lui revient la tâche d'ordonner - dans cet esprit propre à la villa - cette rencontre par contact entre différents époques, différentes personnes, convoqués au même moment dans un même lieu. De fait, se dessinera un univers de croisements, de rencontres, de possibles, d'influences, une manière de poser une dernière interrogation : la question de l'esprit du temps.... 

Stéphane Boudin-Lestienne et Alexandre Mare, en charge de l'exposition permanente, sont les commissaires de cette exposition scénographiée par David de Moutis. Pour cette occasion, la bibliothèque Doucet prête un ensemble de tirages de Man Ray rarement vus voire inédits. Le CNAP met à disposition son exemplaire du célèbre Lampshade de l'artiste américain. La villa mettra en avant les clichés de Man Ray qu'elle conserve ainsi que le tissu simultané de Sonia Delaunay déposé par un collectionneur privé. Marie-Ange Guilleminot montrera plusieurs série de son travail en provenance de sa propre collection dont sa grande bibliothèque spirale.