• CHANEL Collection Haute Couture Automne-Hiver 2014-15. Photo : Benoît Peverelli
  • CHANEL Collection Haute Couture Printemps-Été 2014. Photo : Benoît Peverelli
  • CHANEL Collection Haute Couture Automne-Hiver 2014-15. Photo : Benoît Peverelli
  • CHANEL Collection Haute Couture Automne-Hiver 2014-15. Photo : Benoît Peverelli
expositions 2015
CHANEL - Innovation
Une robe brodée de sachets de paillettes, une autre en néoprène recouvert d’une précieuse dentelle de Calais, des résilles et broderies de béton, de savants pliages évoquant des origamis, des plumes en flammèches aériennes floutant la transparence d’une mousseline… La Haute Couture de CHANEL n’est jamais convenue, elle repousse les limites du savoir-faire, comme elle surprend en repoussant celles des idées reçues. L’univers créatif du luxe, dans ce qu’il a de plus absolu, s’exprime dans une quête de perfection permanente. Cette construction de la beauté, sans cesse remise en jeu, se nourrit d’un désir d’innovation dont l’aspect le plus évident passe par les formes, les variations autour du style, qui sont les parties visibles de l’iceberg. Le reste relève d’un travail choral qui ne se révèle pas immédiatement. Tout commence par les dessins et les indications de Karl Lagerfeld, viennent ensuite le travail conjoint du studio et des ateliers de CHANEL ainsi que celui des ateliers des Métiers d’art. Recherches, mises au point et remises en cause permettent d’avancer.Karl Lagerfeld a fait de la Haute Couture de CHANEL un laboratoire de création où le haut degré de savoir-faire des différents métiers (brodeurs, plumassiers, paruriers, gantiers, bottiers, orfèvres, chapeliers) intègre en permanence de nouvelles matières et de nouveaux gestes, pour réussir à interpréter les idées les plus audacieuses, à réaliser les rêves les plus fous. Cela peut partir de l’envie d’utiliser un matériau de construction pour réaliser des broderies raffinées ou un gilet en résille aérien, d’un désir de sculpter sans couture le néoprène habituellement affecté au sport, de la volonté d’obtenir un effet inédit avec des plumes, des perles, des paillettes… Ce raffinement fait d’inventions, de propositions multiples, d’apparente légèreté, de grâce relève d’une grande rigueur constructive. Une rigueur qui permet d’aboutir à la perfection des coupes, à l’épure des silhouettes en rupture avec l’image parfois nostalgique de la Haute Couture, au détail juste, au luxe que l’on sent plus encore qu’on ne le voit.
Les modèles présentés à l’occasion de cette exposition témoignent de cette expérimentation, comme d’une conception contemporaine de la Haute Couture, qui se nourrit de l’air du temps et traduit les aspirations et sensibilités du moment.
La modernité passe aussi bien par la liberté des silhouettes, que par l’introduction de matières à vocation technique dans la Haute Couture, par la complémentarité entre artisanat d’art et technologie, comme par une conception de l’allure qui consiste à « casser » les codes ou à jouer le décalage en chaussant par exemple l’intégralité d’une collection de baskets… L’innovation consiste aussi à montrer que le luxe ne réside pas dans un excès de signes, mais s’affirme avec plus de pertinence dans une forme de modestie des apparences, de légèreté, de fluidité. En cela, la réflexion de Karl Lagerfeld semble rejoindre celle de Mallet-Stevens. Les créations de CHANEL présentées dans le cadre de cette exposition à la villa Noailles font écho à une architecture luxueuse et sophistiquée dans sa conception, mais d’apparence simple et nette. Une architecture née d’un désir de bien-être et de liberté qui participe de cette même aspiration à la nouveauté et à la beauté.

Françoise Claire Prodhon